11 janvier 2019

Peinture


Peinture


Peinture : François Hubert Drouais


L'aiguille (Jean Aicard)







L'aiguille


Je suis la petite aiguille,
Aux doigts de la jeune fille
Et des mères de famille.
Je vais, je viens, je sautille,
Pour que le monde s'habille
Selon l'âge et les saisons...
Nous cousons, nous cousons.

Dans la toile, dans la laine,
Dans la robe de futaine,
Dans le manteau de la reine,
Avec mon fil que j'entraîne
Nuit et jour je me promène,
Et, dans toutes les maisons,
Nous cousons, nous cousons.


Jean Aicard




21 janvier 2018

La Brodeuse (Marybé Dom)



Charles Frederic Ulrich



La brodeuse


Sous la coiffe opaline s'évasent en douceur
Des fils de lumière aux reflets irisés.
Posée, sur l'acajou précieux d'une petite table,
Tendue à l'extrême dans des cerceaux de bois,
Une blanche batiste ceinturée de dentelle,
Dévoile pudiquement sa fantaisie de points.
Délicatement brodées sur le cœur de la toile,
Deux initiales aux jambages élégants et racés
S'enlacent et s'élancent en arabesques fines
Retenue prisonnière dans un fil de l'ouvrage,
Une aiguille minuscule, à la langue effilée
Entame le serpentin d'un filet ajouré,
Ciselé sur la pureté du lin du délicat mouchoir.
Sous la voûte neigeuse de ses cheveux soyeux,
La tendresse infinie de ses yeux occultée,
Je crois bien que ma grand-mère sommeille.
Alors, sans mot dire, je m'approche et me risque,
À broder de mes lèvres sur la peau de sa main d'artiste,
Le tracé d'un baiser parfumé de mon amour pour elle.


Marybé Dom




21 mai 2017

La chanson du rouet (Leconte de Lisle)



George Rommey








La chanson du rouet

O mon cher rouet, ma blanche bobine,
Je vous aime mieux que l’or et l’argent.
Vous me donnez tout : lait, beurre et farine,
et le gai logis, et le vêtement.
Je vous aime mieux que l’or et l’argent,
O mon cher rouet, ma blanche bobine !

O mon cher rouet, ma blanche bobine,
Vous chantez dès l’aube avec les oiseaux,
Eté comme hiver, chanvre ou laine fine,
Par vous, jusqu’au soir charge les fuseaux.
Vous chantez dès l’aube avec les oiseaux,
O mon cher rouet, ma blanche bobine !

O mon cher rouet, ma blanche bobine,
Vous me filerez mon suaire étroit,
Quand, près de mourir et courbant l’échine,
Je ferai mon lit éternel et froid.
Vous me filerez mon suaire étroit,
O mon cher rouet, ma blanche bobine !


Leconte de Lisle